Le blog de Pierre Duterte Psychothérapeute

Je suis frappé par la similitude des symptômes rencontrés chez les enfants victimes de traumatismes et ceux regroupés sous le vocable réducteur et inexact de « jeunes de banlieue » que je suis amené à recevoir. À l’heure où la Garde des Sceaux annonce un "régime civil spécial" applicable aux délinquants âgés de moins de 13 ans, qui pourront par exemple être placés en "retenue" durant les interrogatoires, se pose la question de la responsabilité des mineurs. 

 

Dans le cas bien particulier des enfants soldats, la question « faut-il les juger ? » est parfois posée. Cette question mériterait un vrai débat, sûrement riche et contradictoire, où viendraient se confronter deux visions, celle de la Justice et celle des soignants.

En effet, dans une atroce répétition, le risque est majeur de faire de ces enfants des « boucs émissaires » de conflits qui les dépassent. De les transformer en coupables par procuration. De déplacer la culpabilité !

 

Lorsque les adultes sont privés de droits, les enfants sont privés de tout, ils deviennent des enjeux, des proies vulnérables pour les prédateurs militaires et politiques. Est-il pratique plus barbare que d’envoyer au front des gamins de 7, 9, 15 ans ? Est-il plus inimaginable vision que celle de ces « sergents » aux mains tellement trop petites pour les kalachnikovs qu’elles portent ?

De ces enfants combattants c’est tout ce qui nous est donné à voir, des regards durs, des mains trop petites pour les machettes ; vignettes du pittoresque atroce dont l'époque est friande. Recevoir en soin ces gamin(e)s, c’est rencontrer des enfants maturés par le traumatisme, mais des enfants !

Ils ne sont plus ces enfants-soldats, drogués, violentés, violés, pervertis servant dans les plus sales des guerres, ils redeviennent des ados !

 Les sévices qui accompagnent leur « enrôlement » les conditionnent à accepter de commettre et de voir commettre les pires cruautés sans ciller. Ceux qui se sont soi-disant (et que cela est « déculpabilisant » pour les vrais responsables) portés « volontaires » ont tous, auparavant connu la désorganisation totale de leur famille ou de leur communauté, voire le massacre sans merci de celles-ci. Lorsqu’ils réussissent effectivement à fuir, parce qu’ils sont plus résistants, plus brillants, plus compétents que d’autres, ils arrivent porteurs de symptômes psychiques lourds. C’est à l’évidence le moment d’enfin les considérer comme porteurs d’un double trauma celui d’avoir été victime mais aussi auteur.

 

C’est  donc aux praticiens de traiter cette facette de l'horreur :  les remords d’être encore vivants, la culpabilité  dévorante, les idées suicidaires, le tout enfoui sous blindage imité des atroces adultes qui les ont pris en main. C'est aux praticiens de se saisir de leur fragilité qui est en fait aussi une force : leur personnalité non encore construite d’enfants et d'adolescents, celle qui a été piétinée est restée "plastique" et donc réparable ! À ce moment se situe la chance à saisir.

 

Comment envisager de juger des enfants qui ne sont pas responsables ? ils n’ont pas l’age de voter, ils n’ont pas le droit de conduire une voiture avant 18 ans et l’on voudrait les juger pour des actes qu’ils ont été forcés de commettre ! On me rétorque souvent que certains ont proposé délibérément leurs services ! On me dit parfois la même chose avec les pédophiles : « il y a des enfants qui séduisent les adultes !». La belle affaire ! Le rôle de l’adulte est bien de dire non. D’assumer SON rôle éducatif et protecteur, de mettre des limites. Ce n’est certainement pas de cautionner ces pratiques intolérables, et à fortiori de trouver dans ces jeunes psychiquement démolis de parfaits boucs émissaires qui endosseront une culpabilité qui n’est pas la leur.

Offrons leur la possibilité de croire à un autre possible !

© Docteur Pierre Duterte Psychothérapeute - Thérapeute familial  - publié dans la Correspondance de la Voix de l'Enfant  Juin 2009 

Jeu 25 jun 2009 Aucun commentaire